L’Alfa Romeo Montreal, que Montréal n’a jamais vue - Chroniques

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L’Alfa Romeo Montreal, que Montréal n’a jamais vue

Très peu de voitures classiques italiennes ont une histoire aussi riche en culture québécoise.

1 novembre 2020

Guillaume Fournier

Parmi les voitures les plus mémorables dessinées par nul autre que le styliste italien Marcello Gandini, on retrouve des bolides à couper le souffle comme les Lamborghini Miura et Countach ou, encore, la Ferrari Dino 308 GT4. Il est toutefois facile de passer à côté de l’Alfa Romeo Montreal, laquelle a longtemps figuré comme l’une des grandes oubliées de son époque. Aujourd’hui, la Montreal reçoit enfin la reconnaissance qu’elle mérite, se classant comme une pièce de collection rare et convoitée.

Dans le cadre de l’Expo 67, à Montréal, Alfa Romeo a présenté au monde entier un tout premier prototype signé Bertone. Le concept, sans nom, avait comme objectif de présenter une nouvelle ère pour les voitures sport italiennes du type grand tourisme. Plus corpulente que la moyenne des coupés 2+2 de son époque, cette Alfa était destinée au marché nord-américain où elle devait rivaliser avec d’autres sportives haut de gamme comme la Jaguar E-Type, la Porsche 911 ou, encore, la Chevrolet Corvette.

Le véhicule concept d’origine empruntait sa structure à l’Alfa Romeo Giulia Sprint GT, tandis que le moteur à 4 cylindres de 1,6 litre était directement tiré de l’Alfa Romeo Giulia TI.

 


Ce véhicule concept a été très bien reçu par la foule, à un point tel qu’on l’a simplement surnommé Montréal, un nom qui lui est resté jusqu’au moment de sa production en 1970.

Lorsque la Montreal a été commercialisée, son design avait à peine changé depuis le modèle concept. La partie avant incorporait désormais des phares escamotables du type « paupière », inspirés de la Lamborghini Miura. La forme et les proportions de la bagnole sont toutefois restées intactes, de même que les éléments de design propres au prototype, comme les prises d’air du pilier C, un détail exclusif à la Montreal.

C’était surtout sous le capot que les choses avaient complètement changé. Le moteur à 4 cylindres a été remplacé par une mécanique un peu plus coriace, soit un V8 de 2,6 litres développant une puissance de 197 chevaux et produisant un couple de 173 livres-pieds. Il était jumelé à une boîte de vitesses manuelle à 5 rapports. La Montreal offrait donc des performances époustouflantes pour son époque, soit un sprint de 0 à 100 kilomètres/heure bouclé en 7,4 secondes seulement et une vitesse de pointe de 222 kilomètres/heures. Cela lui a permis, au moment de sa commercialisation, de se tailler une place parmi les voitures de production les plus rapides du monde.

La Montreal était également équipée de technologies novatrices pour l’époque, comme un moteur à double arbre à cames en tête, une suspension avant à double bras triangulé, un différentiel arrière à glissement limité et un système d’injection de carburant mécanique de marque SPICA.

L’Alfa Romeo Montreal était donc prête à conquérir le marché nord-américain. Malheureusement, de nouvelles normes d’émissions des gaz, imposées par les gouvernements américains et canadiens au moment de sa mise en marché l’ont rendue non conforme. Au lieu de modifier le véhicule en conséquence, Alfa Romeo a tout simplement abandonné ses plans de commercialiser la Montreal en Amérique du Nord, la réservant uniquement aux marchés européens.

La ville de Montréal n’a donc tristement jamais mis la main sur cette sublime sportive italienne. Durant son cycle de vie, soit entre 1970 et 1977, seulement 3 917 Alfa Romeo Montreal ont été assemblées à l’usine de Turin, en Italie.

L’exemplaire à l’essai

Selon le propriétaire Germain « Jimmy » Cornet, spécialiste Alfa Romeo pour la grande région de Montréal, son modèle serait le seul exemplaire à rouler sur les routes du Québec. Il atteste que, au meilleur de ses connaissances, pas plus de trois Alfa Romeo Montreal roulent actuellement au Canada.

L’auto de Germain Cornet est de l’année modèle 1971 et proviendrait de la Caroline du Nord. Selon les hypothèses de M. Cornet, elle aurait été importée par un G.I. américain. Achetée en 2005 et entièrement restaurée en 2006, sa Montreal a remporté la première position dans sa catégorie au Concours d’élégance de Meadow Brook, au Michigan, en 2007, cumulant pas moins de 94,6 points sur 100. Sa voiture a ensuite été la vedette de quelques émissions québécoises, dont « Si j’avais un char », au canal Historia, et « Viens-tu faire un tour », avec Michel Barrette et Lara Fabian.

Au moment d’écrire ces lignes, sa Montreal affiche 99 344 kilomètres originaux au compteur. Sa valeur nette approximative serait chiffrée à 80 000 $ US. Les prix pour une Alfa Romeo Montreal oscillent actuellement entre 38 400 et 115 000 $ US, selon l’état du véhicule et son kilométrage.

Germain Cornet certifie que la Montreal n’est pas le cauchemar mécanique qu’on pourrait croire. Outre le système d’injection capricieux, qui doit être mis au point par un spécialiste, il témoigne d’une voiture étonnamment fiable et solide, pourvu qu’elle roule régulièrement et que le moteur ait la chance de grimper en régime de temps à autre. Il n’y a donc rien de particulier à prendre en considération avant de remiser cette belle d’autrefois.

Au volant

L’habitacle de cette Alfa est étonnamment spacieux pour son époque. Même si l’on est corpulent, on se glisse facilement dans ses sièges baquets sport, ce qui confirme qu’on l’avait en effet conçue pour le grand tourisme.

L’énorme volant en bois réglable n’obstrue aucunement le dégagement pour les jambes. Le design de la planche de bord et simpliste mais fonctionnel, affichant d’énormes cadrans analogiques clairs et faciles à lire. Dans son ensemble, la Montreal demeure une voiture étonnamment moderne compte tenu de ses 49 ans.

Après un démarrage sans tracas, j’ai pris la route à bord de cette icône italo-montréalaise. La boîte de vitesses est du type « dog leg », signifiant que la première vitesse se situe où l’on retrouverait normalement la deuxième vitesse. On doit s’y habituer, puis donner un bon coup sur l’accélérateur avant de relever la pédale d’embrayage. Dès le début de l’aventure, la Montreal nous fait comprendre qu’on doit être attentif.

Pour des raisons évidentes, notre période d’essai a été courte mais tout de même assez longue pour nous permettre de saisir sa performance. À ma grande surprise, la structure de cette Montreal était encore hyper solide compte tenu de son âge. Sa largeur, sa garde au sol basse et sa position de conduite décontractée lui octroient une sensation de contrôle hors du commun, nous mettant immédiatement à l’aise et en confiance.



Mais, c’est surtout le majestueux moteur V8 qui m’a le plus marqué. Il adore révolutionner et émet une sonorité unique et absolument succulente, nous invitant à reproduire l’expérience dès le prochain rapport qui s’enclenche d’une efficacité mécanique remarquable.
 
En somme, même si la ville de Montréal boude aujourd’hui l’automobile, on peut au moins se consoler d’apprendre que la voiture qui porte son nom restera estampée dans l’histoire bien longtemps, s’affichant comme l’une des sportives italiennes les plus intrigantes de son époque.

 

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