Véhicules électriques et changements climatiques - Chroniques

Dossiers spéciaux

Véhicules électriques et changements climatiques

Comment mesurer l’impact climatique d’un véhicule électrique par rapport à un véhicule à moteur à combustion interne? Notre collaborateur Daniel Breton, consultant en électrification des transports, explique.

Matthew Henry, BURST

Une des principales raisons qui font que nous passons d’un véhicule à essence à un véhicule électrique est la lutte contre les changements climatiques. En effet, un véhicule partiellement ou entièrement électrique peut contribuer de manière positive à la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Voici comment.

Les changements climatiques

On parle de changement climatique lorsque des modèles de température établis depuis longtemps commencent à se modifier. Si des changements climatiques se sont produits au courant de toute l’histoire terrestre, la révolution industrielle a considérablement accéléré le rythme de ce cycle de réchauffement.

En effet, les activités humaines qui relâchent des gaz à effet de serre (déforestation, modifications d’usage des terres, combustion d’énergies fossiles telles que le pétrole, le gaz naturel ou le charbon) sont les principales responsables de cette accélération.

Or, les conséquences de cette rapide hausse de température sont de plus en plus désastreuses : phénomènes météorologiques extrêmes, élévation du niveau de la mer, perte d’habitats pour les plantes, les animaux et les humains, réfugiés climatiques, coûts économiques en forte hausse des catastrophes, etc.


Les émissions de CO2 depuis 800 000 ansSource : NASA

Transports et réchauffement climatique

Une des principales sources d’émissions de GES est la combustion d’énergies fossiles. Or, la très grande majorité des véhicules qui circulent sur nos routes brûlent du pétrole : essence ou diésel.

Chaque litre d’essence brûlé émet 2,29 kilogrammes de CO2, et ce taux d’émission grimpe à 2,66 kg pour un litre de diésel. Si une voiture à essence consomme 8 L/100 km et parcourt 20 000 km/an, elle émettra 3,6 tonnes de CO2 par année, ou 36 tonnes en 10 ans. Cela signifie qu’une voiture à essence moyenne émet plus de deux fois son poids en CO2 à chaque année! De son côté, une voiture 100 % électrique n’émettra aucun CO2, puisqu’elle ne brûle pas de pétrole en roulant.

CELA DIT, il est important de souligner qu’un véhicule électrique doit être alimenté par une source d’électricité, et que la production de celle-ci n’est pas toujours propre. Ainsi, pendant que certaines régions produisent leur électricité à partir d’un mélange de sources fossiles diverses, d’autres produisent de l’électricité de manière beaucoup plus propre.

Le Québec en est un parfait exemple avec une production d’électricité qui est renouvelable à 99 %. Ainsi, alors que le secteur des transports représente 43 % des émissions de GES du Québec, le secteur de l’électricité n’est associé qu’à 0,3 % de ses émissions de GES.


Source : Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2016 et leur évolution depuis 1990. Environnement et Lutte contre les changements climatiques; une initiative du gouvernement du Québec. Novembre 2018.

GES et cycle de vie

Lorsqu’on veut calculer l’impact écologique d’un produit, on doit considérer son cycle de vie complet, ce qui veut dire prendre en compte l’impact écologique de toutes les étapes de la vie de ce produit incluant design, extraction, fabrication, distribution, utilisation, fin de vie et valorisation. 


Source : In Movement

En 2016, le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) a publié une analyse comparative du cycle de vie d’un véhicule à essence moyen et d’un véhicule électrique comparable, au Québec. L’étude en est venue à la conclusion que le véhicule électrique émet 65 % moins de GES qu’un véhicule à essence équivalent après 150 000 kilomètres, et 80 % moins de GES après 300 000 kilomètres. 


« Sur l’ensemble de leur cycle de vie, un véhicule électrique (VE) qui carbure à l’hydroélectricité émet moins de GES qu’un véhicule à essence. » Source : CIRAIG

Cette étude prenait cependant pour acquis que le véhicule à essence consommait du pétrole conventionnel. Or, la proportion de pétrole non conventionnel (donc plus polluant) consommé au Québec ne cesse de croître, ce qui occasionne une hausse du bilan d’émissions de GES du véhicule à essence.

Qui plus est, l’analyse du CIRAIG considérait que la fin de vie du véhicule électrique représentait aussi la fin de vie de la batterie dudit véhicule. Or, ce n’est pas le cas puisque les batteries sont réutilisables et recyclables, ce qui diminue ainsi l’impact écologique des véhicules électriques.

Ainsi, la différence d’émissions de GES entre un véhicule à essence et un véhicule électrique est encore plus grande que ce que révélait cette étude de 2016. 

Les sources de production d’électricité

Si la production d’électricité au Québec présente un bilan des GES exemplaire, qu’en est-il des émissions produites par les voitures électriques ailleurs, dans les régions où la production d’électricité est moins propre?

Certains affirment qu’à l’extérieur du Québec, un véhicule électrique est plus polluant qu’un véhicule à essence lorsqu’on compare respectivement leur cycle de vie complet. Lorsque j’étais à l’université, j’ai d’ailleurs eu à analyser une étude affirmant qu’un Hummer polluait moins qu’une Prius. En fait, c’était totalement faux et j’ai pu le démontrer très facilement.

Pour avoir une idée précise des émissions de GES d’un véhicule électrique en comparaison avec un véhicule à essence, en fonction de la source de production d’électricité, le site du département de l’Énergie des États-Unis est une précieuse source d’informations.

Grâce à un travail méthodique où chaque État américain est classé en fonction de ses différentes sources de production d’électricité, le calcul comparatif des émissions de GES « du puits à la roue » a été fait. Cette comparaison des voitures à essence, hybrides, hybrides rechargeables et 100 % électriques détermine ainsi quel type de motorisation émet le moins de GES, dans chaque État. Et les résultats sont révélateurs.

Par exemple, dans l’État de New York, en incluant les émissions de CO2 issues de la production d’électricité et de l’essence, un véhicule à essence moyen émet environ 5 200 kilos d’éq. CO2 par année. De son côté, un véhicule 100 % électrique n’émet que 837 kilos d’éq. CO2


Source : Office of Energy Efficiency and Renewable Energy

Dans un État où la production d’électricité est très sale, tel que le Wyoming où 86 % de l’électricité est produite à partir de centrales au charbon, la voiture à essence émet tout de même 35 % plus de CO2 que la voiture électrique. Dans le cas précis de cet État, la voiture hybride constitue le choix émettant le moins de GES, pour le moment.


Source : Office of Energy Efficiency and Renewable Energy

En 2019, les voitures 100 % électriques sont celles qui émettent le moins de GES dans 42 États sur 50, où habitent 89 % de la population des États-Unis. Il ne reste que huit États (Hawaï, Indiana, Kentucky, Missouri, Dakota du Nord, Ohio, Utah et Wyoming) où les voitures hybrides sont, pour l’instant, plus propres.

Quant aux voitures à essence, elles émettent moins de GES que les voitures partiellement ou entièrement électriques… dans 0 État sur 50. 

Les voitures électriques font partie de la solution

Si on ne peut pas affirmer que les véhicules électriques sont totalement propres, ceux-ci émettent tout de même beaucoup moins de gaz à effet de serre que leur contrepartie à essence. D’où l’intérêt de passer à l’électrique pour contribuer à la lutte contre les changements climatiques.

De plus, la diminution des émissions de gaz à effet de serre n’est qu’un des avantages des véhicules électriques. Dans une prochaine chronique, je parlerai des émissions polluantes qui sont différentes des GES, mais qui ont un impact tout aussi dévastateur sur notre planète… et encore pire sur notre santé.

Tags associés: Véhicules électriques, Environnement
Appuyez Entrée pour rechercher ou Échapper pour fermer