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Simplicité volontaire

Simplicité volontaire

Ce titre peut vous paraître bien étrange si vous suivez un peu le domaine de l’automobile tout en réalisant la complexité de plus en plus grande des technologies embarquées à bord des véhicules. Mais ce n’est pas sur ce sujet précis (qui fera l’objet d’une future chronique) que je veux parler de simplicité volontaire, mais bien de la plateforme ou le châssis qui habille les véhicules. L’une des tendances lourdes des dernières années consiste à réduire au maximum le nombre de châssis du côté des constructeurs d’automobiles et, par la même extension, utiliser ces châssis un peu partout dans le monde.

L’époque ou Ford, GM et Chrysler possédaient un châssis par modèle pour l’Amérique du Nord et un autre pour l’Europe et encore un pour l’Asie ou l’Afrique est révolue. À l’exception des bonnes vieilles camionnettes qui n’ont comme principal marché que l’Amérique du Nord, les autres véhicules devront faire beaucoup plus de partage.

D’énormes économies d’échelle
Vous l’aurez compris, le premier facteur de motivation à ce changement de mentalité est l’économie de billets verts. Développer un châssis neuf pour une voiture unique coûte facilement entre 2 et 3 milliards de dollars. Il faut donc s’assurer de vendre plusieurs centaines de milliers de véhicules avant de faire ses frais. Si, à partir de ce même montant, une entreprise peut fabriquer 7 ou 8 modèles, elle diminue d’autant ses risques et peut se permettre de vendre moins de véhicules et développer des modèles de niche sans risquer d’y laisser sa chemise. Il est vrai que cette pratique a déjà cours depuis quelques années, mais nous vivons actuellement un virage planétaire. Jusqu’à tout récemment, les constructeurs d’automobiles hésitaient beaucoup à dessiner un châssis unique pour tous ces marchés. On sait que les Américains, les Européens et les Japonais n’ont pas les mêmes goûts en matière d’automobile. On réduisait le nombre de plateformes à l’échelle nationale, mais pas à l’échelle mondiale.

Ford montre le chemin.
Au cours des prochaines années, nous verrons de plus en plus de plateformes dites mondiales qui seront les mêmes, peu importe où vous achèterez votre véhicule sur la planète. Le meilleur exemple, la Ford Fiesta et la Mazda2. Les deux voitures partagent la même plateforme; le développement des voitures s’est fait en parallèle. Cette approche a permis aux deux fabricants de partager les coûts de recherche et de développement. Les Mazda2 et Ford Fiesta sont toutes construites sur un unique châssis, peu importe l’usine qui les fabrique sur la planète. Chacun développera ensuite ses propres moteurs et ses boîtes de vitesses. À titre d’exemple, la Fiesta profite d’une boîte automatique à 6 rapports, alors que la Mazda2 conserve une boîte automatique à 4 rapports.

Ford a procédé de la même manière avec la Focus; la version que nous avons est la même qu’en Europe. On pousse même le raisonnement plus loin. En plus de partager une plateforme unique pour l’ensemble des marchés, Ford produit plusieurs autres modèles à partir de la plateforme de la Focus. Ainsi, les futures C-Max et S-Max seront construites elles aussi sur le châssis de la Focus. Nissan a annoncé récemment vouloir réduire le nombre total de ses plateformes à 6 ou 7 d’ici 2015. GM se lancera aussi dans l’aventure avec deux modèles mondiaux, la Chevrolet Cruze et la future Spark qui roule déjà en Europe.


Un meilleur produit pour les consommateurs
Cette approche révèle aussi un avantage pour les consommateurs. En faisant de grosses économies en recherche et développement, les constructeurs peuvent se permettre d’offrir plus pour le même prix. L’exemple de la Fiesta est probant à ce chapitre. On se retrouve avec un véhicule qui propose des caractéristiques rarement vues dans ce segment et à ce prix. Les constructeurs américains ont compris ce que les Européens font depuis déjà plusieurs années. Volkswagen partage depuis des dizaines d’années ses efforts de recherche avec Audi et Porsche; Volks, Audi, Seat et Skoda se partagent les plateformes depuis très longtemps. Nissan fait la même chose avec Renault.

Une progression rapide
Les constructeurs américains qui n’ont, en ce moment, que 20 à 25 % de véhicules montés sur une plateforme mondiale, vise à en avoir 66 % d’ici trois ans. Il y a toutefois un revers à cette médaille. Demandez à Toyota ou cette année à General Motors comment ils ont aimé l’expérience d’un rappel planétaire. Les prochaines années seront déterminantes pour la survie à long terme des grands joueurs de l’automobile; et qu’on le veuille ou non, il faudra jouer sur un nouvel échiquier mondial.


 

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