Où s'en va Mitsubishi? - Chroniques

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Où s'en va Mitsubishi?

Où s'en va Mitsubishi?

Nous sommes en 2002. Mitsubishi Motors annonce son arrivée au Canada. Cela se produit à peine quelques années après l’arrivée de Kia et de Deawoo, qui voyaient elles aussi au Canada une possibilité d’expansion. Or, à l’inverse des deux marques coréennes, Mitsubishi était déjà bien connue chez nous. Certains modèles iconiques étaient appréciés des amateurs (Lancer EVO, 3000 GT), et les Canadiens connaissent une partie de la gamme en raison de la distribution passée de certains modèles par Chrysler. Pensez à la Dodge/Plymouth Colt, à l’Eagle Talon, ou encore à la Dodge Stealth. Tous des produits Mitsubishi.

En débarquant au Canada, Mitsubishi a fait les choses en grand. Pas moins de six modèles étaient proposés dès le premier jour, allant de la petite Lancer jusqu’au grand VUS Montero Limited. Puis, l’année suivante, arrivaient l’Outlander et l’Endeavor, deux utilitaires bien de leur temps. Ont ensuite suivi l’Eclipse renouvelée, puis en 2007, les nouvelles générations de Lancer et Outlander, lancées simultanément.

Hélas, depuis ce temps, les nouveautés se sont faites rares chez Mitsubishi. Et plusieurs modèles sont depuis disparus, tels les Eclipse, Endeavor, Montero, Galant et Diamante. En fait, les deux seules nouveautés d’importance débarquée depuis (parce qu’il faut exclure l’i-Miev) sont la Mirage, puis le RVR, qui constitue aujourd’hui le modèle le plus populaire de la marque à travers le monde.

La gamme est donc aujourd’hui constituée de deux VUS compacts, de la berline Lancer maintenant âgée de dix ans, de la Mirage et de l’électrique i-Miev, vendue à moins de 100 unités par année. Où s’en va donc Mitsubishi?

Montréal, janvier 2014
En janvier 2014, Mitsubishi présente en grande pompe à Montréal l’utilitaire Outlander PHEV, premier VUS compact enfichable devant être commercialisé au Canada. Quelques mois plus tard, on invite même la presse à en faire l’essai, en indiquant que ce véhicule sera prochainement en concession. En dépit d’un design qui ne fait pas l’unanimité et qui impacte d’ailleurs sur les ventes du nouveau modèle à essence lancé cette même année, le public comme les concessionnaires sont enthousiastes à l’idée de voir débarquer un VUS à la fois polyvalent et non polluant. Hélas…, trois ans plus tard, l’Outlander PHEV se fait toujours attendre.

Que se passe-t-il? Pourquoi est-ce que ce véhicule, qui est d’ailleurs déjà commercialisé dans plusieurs pays d’Europe et d’Asie, brille-t-il toujours par son absence au Canada? Mitsubishi affirme avoir eu des problèmes d’homologation relatifs aux systèmes de sécurité active et d’assistance à la conduite, mais cette réponse semble entre vous et moi plutôt mince. Il est en revanche certain que le récent scandale entourant la tricherie au niveau de la divulgation des cotes de consommation d’essence des microvoitures Mitsubishi vendues au Japon (les Kei Cars), a eu un impact négatif sur l’entreprise, qui a depuis été rachetée en partie par Nissan. Et il faut dire que si, au Canada et particulièrement au Québec, la marque Mitsubishi survit correctement, il en va autrement chez nos voisins du sud.

À titre d’exemple, Mitsubishi vendait en 2016 au Canada, 22 293 voitures. De ce nombre, environ 19 000 ventes étaient attribuables de façon à peu près égale entre les Lancer, RVR et Outlander. Pour que le ratio soit comparable, il aurait donc fallu que nos voisins américains achètent 220 000 Mitsubishi l’an dernier, puisque la moyenne des ventes aux États-Unis est dix fois plus élevée qu’au Canada. Or, à peine 96 000 véhicules Mitsubishi ont été vendus au pays de l’Oncle Sam. Une catastrophe. On peut donc présumer que l’intérêt des Américains pour un nouveau modèle Mitsubishi est faible, ce qui impacte bien sûr sur l’offre des produits au Canada. Il faut aussi comprendre que l’historique de Mitsubishi aux États-Unis remonte à plus loin. Déjà, dans les années soixante-dix, Mitsubishi y commercialisait des voitures et surtout, de redoutables 4x4 et camionnettes capables de subir les pires sévices. Et c’est sur cette pente que Mitsubishi a gravité aux États-Unis pendant des décennies, jusqu’à ce que tranquillement soient abandonnés la plupart des modèles qui ont fait le succès de la marque. Ne soyez pas dupes, personne n’achète de Lancer aux États-Unis. D’ailleurs, les ventes de Mirage y étaient supérieures cette année. C’est tout dire…

Confirmé pour 2018
Bonne nouvelle, Mitsubishi Canada nous confirme toutefois que l’Outlander PHEV, remodelé, nous arrivera comme modèle 2018. On nous a d’ailleurs conviés récemment à le mettre à l’essai du côté du Japon, pour découvrir non seulement la technologie proposée par ce véhicule, mais également la philosophie l’entourant. Car l’Outlander PHEV ne serait que le début d’une nouvelle ère chez Mitsubishi, qui compte nous proposer d’ici peu une toute nouvelle famille de VUS et multisegments. On peut donc anticiper le renouvellement prochain du RVR, mais aussi l’arrivée d’un véhicule qui pourrait se comparer en termes de format, à un Ford Edge ou un Nissan Murano. Mitsubishi compte également offrir une famille complète de véhicules hybrides, enfichables ou 100% électriques, l’environnement étant au cœur des préoccupations de ce constructeur. D’ailleurs, lors de notre passage au Japon, les ingénieurs de la firme nous ont fait découvrir une maison intelligente développée par Mitsubishi, autosuffisante en matière énergétique, et qui puise ironiquement une partie de son énergie à partir de celle générée par les batteries de l’Outlander PHEV branché dans le garage. Une merveille technologique pour l’instant à l’étude, mais qui prouve que les gens de Mitsubishi sont loin de s’asseoir sur leurs lauriers.

Mitsubishi mentionne de surcroit que les véhicules concept récemment dévoilés, tel l’eX concept présenté à Los Angeles et le GT-PHEV concept présenté à Paris, ne seraient pas que de simples études de style. Ces véhicules reflètent avec un minimum d’excentricité la voie que Mitsubishi souhaite emprunter avec sa nouvelle famille de VUS, ce qui laisse présager de bonnes nouvelles.

Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi : un avantage?
Vous pouvez en être certain. Cette alliance toute récente conclue le 20 octobre dernier permettra au groupe d’atteindre 10 millions de ventes annuelles à travers la planète, une nécessité selon le chef de la direction, Carlos Ghosn. Elle permettra également à Mitsubishi de profiter d’un partage des plateformes et des avancées technologiques en matière de mobilité électrique développées par Nissan.

Le président de Mitsubishi, M. Osamu Masuko, voit de son côté cette alliance comme une opportunité pour accélérer le saut vers la voiture électrique. Selon lui, l’avenir est clairement dans cette direction. La technologie est accessible, abordable, renouvelable et surtout très fiable, ce qui renforce la capacité de Mitsubishi à conserver l’offre de très longues garanties sur ses véhicules. En entrevue, il nous a aussi expliqué que les pays qui subventionnent la voiture électrique constatent déjà les impacts positifs de l’adoption de ces stratégies. Voilà ce qui explique pourquoi les pays scandinaves ainsi que l’Angleterre ont été les premiers à mettre la main sur l’Outlander PHEV, qui s’est jusqu’ici écoulé à plus de 50 000 unités.

D’ici là?
Évidemment, il faudra attendre encore plusieurs mois, voire même plus d’un an avant de finalement voir débarquer l’Outlander PHEV chez nous. Même chose en ce qui concerne la nouvelle génération du RVR qui commence à se faire attendre, et qui demeure extrêmement importante pour la survie de la marque. Son dévoilement devrait être effectué au cours de l’année, mais sa commercialisation pourrait être repoussée à 2019.

Les concessionnaires devront donc s’armer de patience, d’autant plus que le retrait de la berline Lancer a été confirmé pour l’an prochain. Oui, la carrière de la Lancer tire à sa fin, ce qui pour les Québécois qui continuent de se la procurer en grand nombre, peut constituer un mystère. En fait, le Québec représente un marché particulièrement important pour Mitsubishi, qui y écoule environ 40% de ses produits annuellement, et près de 50% de ses petites Mirage.

En terminant, la grande question. Est-ce que Mitsubishi sera en mesure de relancer l’engouement pour sa marque avec une gamme de VUS et des voitures électriques? Est-ce qu’on retrouvera un jour l’audace de cette époque lointaine où les voitures fracassaient des records en rallye? À cela, on nous répond qu’il ne serait pas impossible d’effectuer un retour en rallye avec des voitures électriques. Voilà qui serait intéressant. Mais ça, ce n’est pas chose faite.
 

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