Dossier pneumatiques : roulez en chinois - Chroniques

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Dossier pneumatiques : roulez en chinois

Dossier pneumatiques : roulez en chinois

Vous en avez peut-être acheté sans le savoir ? Des noms comme GiTi Radial, Goodride, Maxtrek semblent être des noms bien américains. Ce sont tous des pneus chinois. Il y a une dizaine d’années, entre 6 et 10 % des pneus vendus au Canada provenaient de la Chine. L’an dernier ce pourcentage frôlait les 35 %. Comment expliquer cet engouement pour les pneus chinois, il n’y a pas que le prix.

Une forte taxe aux États-Unis
On le sait, les biens et marchandises produits en Chine se vendent en général à meilleur prix. Les pneus ne font pas exception. Les États-Unis ont exporté en 2014 149,8 millions de pneus et la Chine a pris la part du lion. Une grande firme comme YC Rubber compte 11 usines de pneus dans une seule province de Chine et produit plusieurs marques maison et même des pneus de grands manufacturiers comme Michelin. Le prix des pneus chinois est en moyenne 30 % plus abordable que les pneus de grandes marques, d’où son attrait.

Devant la montée en flèche des ventes aux États-Unis, le gouvernement américain a régi en janvier dernier en imposant une taxe anti dumping sur les pneus fabriqués en Chine. Le ministère américain a précisé qu'il allait appliquer des droits de douane compris entre 19,17 % et 87,99 % selon les fabricants de pneus. La plupart de ces fabricants de pneus, destinés aux voitures et 4x4, seront frappés d'un droit de douane de 27,72 %. À cela s’ajoute une autre taxe de 12,5 % pour une taxe de non-conformité et le 4 % de la taxe de douane régulière. Cette décision est pour l'instant préliminaire, une mesure finale devant être prise en juin. Ce qui fait que depuis quelques mois, le prix du pneu chinois a augmenté dans certains cas de 100 % lorsqu’il arrive à la frontière américaine. Vous aurez compris que le gouvernement chinois qui fait tourner pas moins de 72 usines de pneus dans son pays n’est pas très heureux de la situation et une guerre économique se pointe à l’horizon entre les deux pays.

Des effets inattendus
Les grands constructeurs qui ont crié au scandale face à la Chine qui liquidait ses pneus sur les marchés mondiaux se sont aussi fait prendre à leur propre jeu. En imposant une taxe antidumping sur les pneus fabriqués en Chine, des constructeurs comme Michelin, Bridegestone et Pireilli se sont retrouvés dans une drôle de situation, car il fabrique lui-même des pneus en Chine. Le gouvernement américain a donc exclu les grands fabricants de la loi.

D’autres fabricants comme le Canadien Sailun possèdent deux usines de fabrication de pneus en Chine et une au Vietnam. Il s’agit d’une compagnie canadienne, mais qui fait construire ses pneus en Chine ? Les pneus Sailun vendus aux États-Unis seront donc frappés de la même taxe que les pneus chinois. Un problème complexe qui est présentement à l’étude par L’OMC ( Organisation mondiale du commerce)

Pendant ce temps au Canada
De ce côté-ci de la frontière, pas de mesure antidumping. Les pneus chinois qui arrivent au Canada sont taxés à 5 % comme bien d’exportation. Vous aurez compris que depuis que les mesures punitives sont entrées en vigueur au sud de la frontière, l’industrie des pneus chinois a pris d’assaut le marché canadien

30 % d’économie à l’achat
En général, les pneus chinois sont disponibles à travers les grands réseaux de distribution comme OK Tire, Unipneu, Canadian Tire, Carl Tire et Fountain dans l’Ouest canadien. « L’économie à l’achat est d’environ 30 % », souligne Denis Monette qui œuvre dans le monde des pneus au Québec depuis plus de 30 ans. « Environ 80 % des pneus chinois offrent une qualité acceptable pour les automobilistes québécois et l’autre 20 % est sous la norme». Plusieurs tests effectués un peu partout dans le monde ont démontré une forte lacune sous la pluie. Les procédés de fabrication sont les mêmes pour tous les pneus. Plusieurs grandes compagnies chinoises fabriquent aussi des pneus pour les grandes marques. Ce sont souvent les mêmes moules qui vont ensuite servir à fabriquer des marques maison.

La différence entre les grands noms et les pneus maison réside souvent dans les détails comme une inspection moins rigoureuse pour la marque maison ou certains ingrédients dans le composé du pneu. « Mais pour bien des gens qui vivent en ce moment dans une période d’incertitude économique, le 30 % de moins à payer sur les pneus est un facteur décisif », ajoute Denis Monette. Les gens ne se posent pas beaucoup de questions sur l’éthique, la provenance ou l’empreinte écologique, le prix fait foi de tout.

Conclusion
Dans l’attente d’une décision finale en ce qui concerne le différent commercial entre les États-Unis et la Chine, l’empire du Milieu jette pour le moment tout son dévolu sur le marché canadien.



 

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