Accro aux vieilles affaires - Chroniques

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Accro aux vieilles affaires

Accro aux vieilles affaires

Ceux qui me suivent depuis un certain temps savent que j’ai un faible pour les vieilles voitures. Et attention, vieilles ne signifiant pas nécessairement antiques ou classiques. Juste vieille. Eh oui, c’est une passion qui m’habite depuis toujours, sans doute parce que plus jeune je n’avais tout simplement pas les moyens de me payer autre chose.

Il vous aurait d’ailleurs fallu voir dans quelle bricole je circulais à 17 ou 18 ans. Une Jetta 1982 qui prenait l’eau de partout, ou encore une Mazda 626 1985 de 300 000 km tellement usée mécaniquement qu’elle valsait littéralement sur la route, et ce même si les quatre pneus étaient bien accrochés au bitume. La pire demeure sans doute cette Tercel SR5 1984, à ce point rouillée qu’un caillou catapulté par le pneu arrière allait terminer sa course dans le pare-brise…à l’intérieur ! Oui oui, le trou dans l’aile avait fait en sorte que l’habitacle tout entier servait alors…de garde-boue !

Oh oui, j’en ai eu des bazous. Des dizaines, que je ne gardais souvent que quelques mois, voire quelques semaines, selon le stade du cancer qui habitait chacun d’eux. Fiero 2M4 1984, Fox 1988, Civic 1500S 1985, nommez-les ! Et j’ai hélas étiré l’art d’acheter des voitures à rabais pendant très longtemps, puisque ce n’est qu’en 2000 que j’allais finalement me payer une voiture un peu plus sérieuse, soit une Celica GT-S 1993. Oui, elle avait sept ans, mais pour moi, elle était toute neuve. Et je l’ai adorée.

Ma passion de l’automobile probablement doublée d’un urgent instinct de survie m’a cependant permis de ne presque jamais perdre d’argent avec les voitures que j’achetais. Oh, il y a eu quelques exceptions, bien sûr, comme une cette Civic VX 1992 au compteur trafiqué, ou cette Volkswagen Cabriolet 1990…au passé obscur. Mais le comble, ce fut ma première Jetta. Une voiture payée initialement 800$ et sur laquelle j’ai dû mettre facilement 1 500$ - 2 000$ de pièces démontées à la dure, chez tous les ferrailleurs du Haut-Richelieu. Et ça, c’est sans compter tous les sous économisés grâce la grande générosité de Marc Boucher, le père d’un ami, qui au grand dam de sa famille, passait souvent ses soirées à réparer bénévolement ladite Jetta en échappant tous les mots d’église, parce qu’il détestait donc les chars européens. Ironiquement, j’étais l’un de ses deux plus fidèles clients, avec l’animateur de radio Étienne Phénix, qui conduisait à l’époque lui aussi une européenne, une Renault Alliance. Pauvre Marc…

Cela dit, j’ai connu des histoires de minounes plus heureuses. Une Nissan NX2000 1991 payée 1 500$ avec laquelle j’ai eu un plaisir fou. Une voiture fiable et solide que j’ai revendue 2 000$ un an plus tard. Ou encore, une Rabbit diesel 1983, increvable, mais usée à la corde, que j’ai pu revendre 800$, alors que je l’avais payée 200$ deux ans auparavant. Des histoires comme ça, j’en ai plein.

Bien sûr, le temps a passé, et les besoins ont changé. Aujourd’hui, j’achète des voitures neuves, parce que je veux que la petite famille soit en sécurité. Le petit dernier, c’est un Acura RDX. Fiable, confortable, sécuritaire, spacieux, avec tous les gadgets souhaités. Mais vous savez quoi? Il ne me dit rien. C’est un excellent véhicule, que je recommande à tout le monde. Mais je préfère encore m’amuser avec mes vieilles affaires. Parce que oui, je continue d’en acheter ! Un vieux pick-up Dodge Dakota, camion de service, et une Toyota Celica Supra 1984, parce que j’ai toujours aimé son look et sa conduite. Plus récemment, j’ai aussi mis la main sur une Scirocco 1986, impeccable, mais tout de même capricieuse. On sait bien, c’est une allemande…il faut la bichonner et la traiter avec soin. Sinon, elle nous emmerde ! D’ailleurs, vous n’avez pas idée à quel point j’étranglerais le gars qui a conçu le système électrique des Volkswagen de l’époque…

Mais en achetant cette Scirocco, j’étais averti. Je savais dans quoi je m’embarquais. Et celle-là, elle est vraiment propre! Et c’est d’ailleurs un critère d’importance pour moi, aujourd’hui âgé de 37 ans et qui n’a plus le temps de composer avec des paquets de troubles (…comme si posséder plusieurs vieilles voitures n’en était pas un !). Ça ne m’empêche pas bien sûr de faire des acquisitions, comme cette Mazda RX-7 GXL 1986 tout juste débarquée à la maison, qui passera l’hiver au chaud avant que je l’inspecte de fond en comble. Mais des projets…non merci. À moins que…je sois amoureux fou du modèle, ou que la voiture ait une histoire particulière, ou encore qu’elle évoque chez moi des souvenirs. Bref, vous le voyez, c’est une maladie. Une maladie qui coûte cher, mis qui dans le contexte, demeure plus raisonnable que celle de changer de voiture neuve aux six mois, comme le font plusieurs.

Histoire et nostalgie
Ceux qui partagent ma passion le comprendront, mais j’affectionne surtout les vieilles voitures par nostalgie et en raison de leur histoire. Bien sûr, le petit gars de la génération Passe-Partout que je suis a grandi dans un paysage de Renault 5, de Datsun 510, de Pontiac 6000, de Camaro Z28…et de Reliant K. Nos voitures de rêve étaient bien sûr celles de la télé, comme la Trans-Am de K2000, la camionnette Toyota de Marty McFly dans Retour vers le futur, ou la Ferrari Testa Rossa des flics de Miami Vice. Ne cherchez d’ailleurs pas pourquoi je possède aujourd’hui une Celica Supra. C’était la voiture de Pierre Lambert !

Bien sûr, conduire une voiture qui diffère de celle de mon voisin est aussi très important pour moi. Il faut dire que dans mon cas, les chances seraient minces, puisque le mien conduit une Impala 1963 décapotable ! Cela dit, il n’y a pour moi rien de plus déprimant que de circuler dans un quartier où toutes les maisons sont pareilles, et devant lesquelles se trouvent presque toujours cette Corolla grise et ce Ford Escape blanc. Je n’ai rien contre ces véhicules, bien sûr, mais c’est pour moi d’un ennui mortel. Ils sont partout, trop nombreux, ce qui signifie que je commencerai peut-être à les apprécier avec un œil de passionné lorsque 95% d’entre-eux seront à la casse…dans une vingtaine d’années.

Le rêve…
Les gens me demandent souvent quel serait le véhicule de mes rêves, sans égard au prix. Et bien sûr, ceux-ci s’attendent à ce que je nomme la Porsche 911 ou la plus récente Lamborghini. Et même si j’affectionne bien sûr certaines exotiques hors de prix, la réponse demeure toujours la même. Ma voiture de rêve, c’est vingt, trente, quarante voitures. Un immense garage dans lequel se trouverait un peu de tout. Mustang 5.0 (87-93), Renault 17 Gordini, Mazda 323 GTX, Rabbit GTI, BMW M5 (87-88), Honda CRX Si, Volvo 850 R, Chevrolet Monte Carlo SS, Toyota 4Runner (84-87), Porsche 928 GTS, Nissan Pulsar NX Sportbak, Mazda Miata, Mercedes-Benz 300 CE, pour ne nommer que celles-là, auxquelles s’ajouteraient quelques sportives un peu plus sérieuses, comme les Acura NSX, 911 Turbo (95-97), BMW Z8 et la fameuse Ford GT. Bien sûr, j’aurais aussi quelques muscle cars, surtout des produits GM comme la GTO 1968, la Nova SS 1969 ou la Camaro Z28 70-71. Mais vous pourriez aussi glisser là-dedans une Mustang Boss 1970 et une Dodge Dart 68-69, solidement modifiée!

Et bien sûr, à tout cela s’ajouteraient sans doute quelques surprises, comme des survivantes aussi rares qu’immaculées, dénichées pour presque rien, parce que personne n’en veut. Je me remémore encore cette Dodge Rampage 1984 de 6 000 miles que j’avais aperçue sur le bord de la route dans le Vermont, ou cette Dacia 1410 croisée récemment à Mont-Tremblant, aussi belle que si elle était tout droit sortie du concessionnaire. Le propriétaire à qui j’avais parlé pensait s’en défaire…mais qui d’autre aurait bien voulu de cette voiture?

Ma réalité
Bien sûr, j’ai la chance par mon métier de pouvoir conduire des voitures parfaites (ou presque), ce qui explique sans doute aussi pourquoi j’aime les voitures imparfaites. Des voitures qui sont charmantes à regarder, drôles ou carrément passionnantes à conduire, mais à bord desquelles on n’est pas distrait par une surenchère de gadgets. Le confort et l’isolation, c’est aléatoire, tout comme la sécurité, hélas. Sauf qu’à bord de ces vieilles dames, on est maître au volant. Et on se doit d’être concentré sur la conduite, parce qu’on ne freine pas avec une Scirocco 1986 de la même façon qu’avec une Golf GTI toute neuve. Oh non…

Seriez-vous surpris si je vous disais qu’il m’est arrivé de laisser une Audi R8 à la maison pour faire une balade dans ma vieille Supra? C’est pourtant vrai. Et le plus drôle, c’est qu’avec une Supra dont la valeur n’équivaut même pas à celle des taxes sur la R8, on fait aussi souvent tourner les têtes. Non pas qu’il s’agisse d’un objectif, bien sûr que non. Mais cela en dit long sur l’originalité des lignes de cette voiture, comme de celles de plusieurs voitures de ma jeunesse.

Le projet…
En 2012, des amis et moi partions à l’aventure pour dénicher de vieux bazous à ramener du mid-west américain. J’y ai trouvé une camionnette Chevrolet C-10 1972, au passé trouble, mais assez solide pour prendre la route de Nashville vers Montréal. Rendu à destination, et après une inspection plus approfondie, j’ai choisi d’en faire un projet de restauration. Un projet long et périlleux, mais qui s’achèvera ce printemps. Voilà donc une pièce qui s’ajoutera à ma modeste collection et avec laquelle je risque de me faire plaisir cet été.

En attendant, et parce que l’hiver s’est maintenant installé, il ne me reste qu’à continuer de fouiller sur le web, histoire de peut-être trouver autre chose, mais surtout, les quelques pièces qu’il me faut remplacer sur mes voitures. Au fait, vous n’auriez pas chez vous une moulure de base de caisse de Celica Supra? Ça fait trois ans que j’en cherche une…

 

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