GM et Oshawa : derrière les rideaux du combat - Actualités

Nouvelles

GM et Oshawa : derrière les rideaux du combat

C’est confirmé, l’usine de GM à Oshawa rouvre ses portes, mais le combat pour en arriver là a été colossal.

23 novembre 2020

GM

GM a récemment annoncé que son usine d’assemblage d’Oshawa, en Ontario, reprendra ses activités manufacturières. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour les quelque 2 500 travailleurs qui ont été touchés en 2018 par la fermeture. C’est également un coup de pouce à l’économie locale, sans oublier le fait que cette décision permet de protéger, en partie, la main-d’œuvre canadienne. Le géant de Detroit prévoit donc réinvestir jusqu’à 1,3 milliard de dollars dans ses installations d’Oshawa pour l’assemblage de camionnettes et 170 millions dans un centre de technologies avancées.

Mais avant d’en arriver là, un match de bras de fer colossal entre le syndicat Unifor et General Motors s’est déroulé sur une période de deux ans. L’équipe de RPM s’est entretenue avec David Patterson, vice-président aux Affaires corporatives et environnementales chez GM Canada, pour en apprendre davantage sur les discussions qui ont permis de sauver Oshawa.

Il est facile d’attribuer le retour d’Oshawa à une simple négociation entre l’entreprise et son syndicat. Mais pour qu’un constructeur aussi gigantesque que General Motors décide de revenir sur sa décision, les arguments doivent être béton.

Rappelons que, en 2018, GM annonçait la fermeture de quelques usines nord-américaines dans le but de concentrer ses efforts sur la commercialisation de VUS et de véhicules électriques. Oshawa, qui comptait, à l’époque, quelque 4 000 employés, ne cadrait tout simplement plus dans les projets du constructeur, d’une part en raison de ses infrastructures vieillissantes mais aussi parce que les véhicules qu’elle produisait, soit les Chevrolet Impala et Cadillac XTS, n’allaient pas perdurer au sein du portfolio de General Motors.

Au total, près 2 500 travailleurs se sont retrouvés sans emploi. La décision était donc catégorique. Même si GM proposait de relocaliser ces employés ailleurs dans l’entreprise, elle n’avait aucun plan de revenir à Oshawa.

Mais ce que plusieurs ignorent, c’est que l’usine n’a jamais entièrement fermé. Oshawa est demeurée active pour l’assemblage de pièces de rechange de véhicules General Motors. Elle servait, dans un deuxième temps, de lieu d’assemblage final des camionnettes du constructeur et d’atelier de peinture des carrosseries. Ainsi, malgré une coupure massive, Oshawa assurait tout de même l’emploi d’environ 2 000 travailleurs, un élément qui a servi de levier aux négociations.

 



« Nous n’avons jamais lâché le morceau et nous avions tout ce qu’il nous fallait pour convaincre General Motors que sa main-d’œuvre devait demeurer à Oshawa. Le défi était plutôt de nous assurer que l’information soit transmise aux bonnes personnes », nous a expliqué M. Patterson.

Par exemple, malgré un budget serré et des infrastructures qui avaient grandement besoin d’être modernisées, Oshawa a développé un nouveau procédé pour peindre la carrosserie des camionnettes en séparant la cabine de la caisse. Cette façon de faire a permis à GM d’économiser dans ses coûts de manufacture mais aussi d’accélérer le processus en entier.

Ensuite, il y a eu la crise de la COVID 19 qui a apporté avec elle une foule d’occasions d’affaires pour l’usine d’Oshawa, notamment la manufacture rapide de couvre-visages, qui a démontré la capacité de l’usine à s’adapter et à rapidement se réinventer. Ces éléments clés ont servi de noyau central aux négociations.

L’aide du marché

Quand on lui a demandé si la renaissance d’Oshawa était directement reliée au syndicat d’Unifor, M. Patterson a tout simplement répondu que c’était plutôt grâce au marché.

« Oui, le bras de fer entre Unifor et GM a certainement aidé, car nous n’avons jamais cessé de négocier depuis le jour un. Mais c’est la forte demande pour les camionnettes qui nous a finalement sauvés. Notre PDG, Mary Bara, l’a même dit, on ne peut pas les assembler assez rapidement », explique David Patterson

Ainsi, la forte demande pour les camionnettes de GM, associée aux efforts constants d’Unifor pour conserver la main-d’œuvre ontarienne ainsi que la démonstration de la capacité d’innover ont peser dans la balance pour permettre à GM de réinvestir dans ses infrastructures canadiennes.

L’investissement massif permettra, d’une part, de moderniser l’usine d’Oshawa pour qu’elle soit mieux adaptée à l’assemblage de camionnettes, et d’autre part de l’assouplir pour les futurs nouveaux modèles, notamment l’assemblage potentiel de camionnettes électriques, un mandat qui sera d’abord réservé à l’usine d’Orion, au Michigan, mais qui pourrait éventuellement découler en Ontario.

Dans l’entente, on prévoit l’assemblage des Chevrolet Silverado HD et GMC Sierra HD de GM à partir de janvier 2022, avec l’ajout d’un second quart de travail en mars 2022 pour l’assemblage des camionnettes de série 1500. Selon le président d’Unifor, Jerry Dias, l’ajout d’un troisième quart de travail dès l’été 2022 afin de satisfaire la demande accrue pour les camionnettes pleine grandeur est fort possible.

GM en profite également pour investir massivement dans son centre de technologie avancée McLaughlin, une énorme piste d’essai pour les technologies autonomes de General Motors, mais qui servira également de laboratoire technique pour les technologies électriques et connectées qu’on verra apparaître dans les futurs modèles du constructeur.

Pour David Patterson, non seulement cette victoire est-elle le plus grand accomplissement de sa carrière, mais c’est également une fierté personnelle pour la main-d’œuvre canadienne. Et il est fier d’avoir joué un rôle clé dans cette réalisation.

« Quand tu négocies avec un géant comme GM, tu dois toujours mettre de l’avant les bienfaits de ta culture. J’avais confiance en la main-d’œuvre et le savoir-faire canadiens, et j’avais espoir que General Motors verrait le potentiel de réinvestir chez nous au lieu d’ailleurs. Quand tu as une vision et que tu es confiant, tout est possible », conclut David Patterson.

 

POURRAIT VOUS INTRESSER

VIDÉO: 1908 : Fondation de General Motors

Appuyez Entrée pour rechercher ou Échapper pour fermer